LA PAIX COMMUNE ET LE PROJET D'EXPEDITION CONTRE LA PERSE

 

 

Chéronée n'aurait pu être qu'une grande bataille parmi d'autres si Philippe s'était contenté d'imposer une hégémonie macédonienne susceptible d'être érodée à son tour par les aléas de l'histoire, comme l'assassinat du roi, et, sutout par une vraisemblable action en sous main de la Perse, devenue consciente, mais un peu tard, que l'adversaire le plus dangereux avait changé.

L'intelligence de Philippe fut de vouloir construire un système durable en organisant une paix générale et en proposant aux grecs un objectif mythique auquel nul ne pouvait redire et qui, purgeant la Grèce de ses"grandes compagnies" supprimerait une des causes de l'anarchie: la conquête de l'empire perse. La Grèce du IVème siècle avait connu d'autres arbitrages et d'autres projets de "paix généralisée" imposée par la Perse. Ils avaient échoué parce que le Grand Roi, peu désireux d'intervenir directement, s'était contenté de confier la responsabilité à la citée la plus puissante du moment, aussitôt victime de la coalition de ses rivaux. La réunion de Corinthe, dès 338, d'un congrès panhellénique se fait, certes, à l'ombre de l'armée macédonienne. Mais il proclame solennellement la liberté, l'autonomie et l'intégrité territoriale des citées contractantes: il interdit, réalisant un vieux rêve de Platon, la guerre des grecs contre de grecs. Sparte ayant refuser d'y participer, elle perd le reste des conquête faites à l'époque archaïque, mais sans être pour autant menacée.

L'expédition asiatique sera menée par Alexandre III. Elle n'était pas d'ailleurs destinée à flatter l'orgueil national hellénique. C'était une nécessité politique, car nul ne pouvait douter que l'empire perse reprendrait contre Philippe l'action indirecte d'usure qui lui avait permit de rétablir son pouvoir sur les grecs d'Asie Mineure en affaiblissant la Grèce d'Europe. Rien de stable ne pouvait y être construit tant que Suse pourrait fomenter les troubles. Il ne faut pas se méprendre sur la pleine réussite de ces mesures. Les grandes citées Athènes, Thèbes, Sparte sont réduite à l'impuissance, mais elles rongent leur frein: chacune tentera successivement mais vainement de secouer le joug, à l'annonce de la mort de Philippe, puis d'Alexandre.

Le bouleversement politique est, en outre, grossi d'un inévitable bouleversement économique. Athènes avait pu digérérer sa défaite de 404 parce qu'elle était restée pendant tout le IVème siècle le principal port de la Mer Egée et grand centre de redistribution des marchandises. Or l'afflux des richesses en Macédoine, dont témoignent les tombes macédoniennes, ainsi que la présence d'une forte concentration de troupes font désormais de cette région le premier centre consommateur, ce qui menace inéluctablement le rôle du port du Pirée.

La Macédoine et la Grèce à la mort de Philippe II:  on peut distinguer en jaune ocre le royaume Macédonien, ocre à rayure verte ses dépendances (la Thessalie), en marron orangé le royaume des Molosses, alliés de Philippe, en vert les Etats Grecs de la Ligue Hellénique, en orange les Etats neutres. Le trait noir délimite le royaume de Macédoine, à l'arrivée sur le trône de Philippe. Notez que le royaume est bien situé à l'intérieur des frontières actuelles de la Grèce et non à l'extérieur, comme le prétend l'actuel usurpateur du nom de la Macédoine(usurpation de l'héritage historique de la Macédoine), la F.Y.R.O.M, que l'on peut retrouver sur la carte derrière le nom de sa province d'origine: la PEONIE, et une partie de la Dardanie... C'est bien Philippe II qui a conquis la PEONIE et non le contraire, et donc, ces derniers aujourd'hui n'ont aucun droit de propriété sur le nom de MACEDOINE.  A titre d'exemple, c'est comme si l'Algérie, le Maroc ou le Sénégal décidaient de s'appeler FRANCE sous pretexte qu'ils ont fait partie de cette dernière, pendant un moment donné de son histoire... Et si l'on suit l'exemple de la FYROM, alors l'Egypte, l'Irak, l'Iran etc.. on aussi le droit de s'appeler Macédoine...(Sic). Pour ceux qui doutent encore, tout est clairement expliqué aux pages 1, 2 et 3 de ce site, sur les origines des Macédoniens et de la Macédoine.

 

L'ASSASSINAT DE PHILIPPE II

 

Le règne de Philippe II se termine comme il a commencé, par une tragédie sanglante. Le roi est assassiné en 336 par un de ses gardes du corps, au moment où, au théatre d'Aigeai, il réglait les fastes inouis du mariage de sa fille avec le roi des Molosses. La version officielle parla d'une sordide affaire de moeurs, "d'amitiés viriles",la rumeur publique d'un vaste complot politique dans lequel aurait trempé la reine Olympias, mère d'Alexandre, et même Alexandre. Le criminel ayant été massacré au cours de sa fuite, l'énigme reste entière.

Un aspect de la cérémonie du mariage est digne d'attention. Le cortège comprenait les statues des douze dieux olympiens et une treizième statue, celle de Philippe lui-même. Mais cet embryon d'un culte royal, qui se developpait à l'époque hellénistique, n'a joué aucun rôle dans le meurtre. En revanche il est clair que cette exaltation de la personne du roi, fait de l'assassinat,un acte majeur de la vie politique grecque, phénomène qui était incompréhensible à Athènes, où le régime démocratique dominait la vie politique. La solidité de l'oeuvre accomplie en vingt-quatre ans par un homme qui disparait à quarante-six ans est cependant remarquable. Son fils Alexandre III se fait reconnaitre comme roi le lendemain même du meurtre sans rencontrer la moindre difficulté, et il lui suffira de deux promenades militaires, contre les barbares et contre les Thébains révoltés, pour affirmer partout son autorité. Le nouvel Etat n'était donc pas un agglomérat inconsistant de conquêtes diverses, mais bien le coeur du nouveau monde hellénique, comme le confirme l'analyse de ses institutions.

 

 

LES INSTITUTIONS POLITIQUES

 

La Macédoine était elle un Etat militaire "éthnique" ou une fédération de citées? Le pseudo-Skylax, au milieu du IVème siècle, qalifie les Macédoniens d''éthnos', de "peuple", mais en même temps, énumère une série de 'poleis', de citées macédoniennes, utilisant ainsi un terme qui ailleurs désigne, à coté de l''éthnos', l'autre forme d'Etat indépendant connue des grecs.

La Macédoine était-elle monarchie absolue ou royauté démocratique? Le même Polybe, qui dénonce l'inexpérience des Macédoniens dans le domaine du gouvernenment démocratique, attire l'attention sur les rapports "démocratiques" du roi, avec les simples Macédoniens, qui ne sont jamais qualifiés de sujets mais de citoyens. L'ignorance, les préjugés ou la malveillance dont témoignent les informations anciennes ont laissé le champ libre aux constructions subjectives des modernes, dont les uns admirent et les autres dénoncent les institutions de la Macédoine antique, souvent pour des raisons qu'ils faut chercher dans la personnalité de chacun .

Le royaume de Macédoine apparait, dès sa naissance, comme l'Etat d'un peuple, d'un éthnos, mais centré autour d'une "polis-capitale", Aigéai (Grèce),.L'expansion macédonienne a conduit à l'inclusion dans le royaume d'autres agglomérations qui, depuis la fin du VIème siècle, sont qualifiées dans nos sources de poleis. Au cours du siècle suivant, certaines d'entre elles se détachent à l'occasion du royaume, soit pour adhérer en tant qu'unités autonomes à d'autres formations politiques (la ligue athénienne), soit dans un effort pour atteindre un statut d'indépendance. Le roi semble être la cheville ouvrière. Cependant, sa liberté d'action parait entravée par l'obligation qui lui est faite de gouverner selon la coutûme ancestrale, le 'nomos' macédonien, régissant ses rapports avec l'éthnos et, surtout, avec les autres membres de la dynastie et ses "compagnons", ces quelques dizaines, plutôt que des centaines, de macédoniens qui l'entourent et le secondent, et sans le soutien desquels il serait incapable de gouverner efficacement. Le commun du peuple ne fait pendant cette périodes, que de rares apparitios, notamment en tant qu'ultime recours sanctionnant par la destitution, l'échec d'un roi.

La situation prépondérante du roi est due au fait qu'il n'est pas seulement le chef politique, militaire et religieux des Macédoniens Argéades(Argéadis), qui avaient fondé le royaume d'Aigéai (Grèce), mais qu'il réunit en sa personne deux autres qualités: il est le suzerain plus ou moins reconnu et obéit des rois de la haute Macédoine, et en même temps le maitre des citées et des territoires conquis qui ne sont pas encore colonisés par les Macédoniens et intégrés à la Macédoine proprement dîte. Aussi jusqu'au règne de Philippe II, si les citées coexistent déjà avec le pouvoir central en tant qu'unités administratives sinon politiques, elles sont entièrement occultées par ce dernier. Encore vers 360, le sanctuaire d'Epidaure ignore complètement les citées et ne connait qu'un seul théarodoque pour toute la Macédoine: le roi, qui siège à Pella (Grèce).

Dès le début du règne d'Alexandre III, nos documents, surtout épigraphiques, présentent une image radicalement différente. Les sanctuaires panhelléniques entrent en contacte avec nombre de citées macédoniennes. Ces citées disposent de tous les orgnes de la polis (assemblées magistrats etc..), fonctionnent comme telles (votent des décrets, envoient des ambassades) et semblent représentées en tant que telles lors des grandes panégyries de l'éthnos. Le royaume, qui comprend désormais aussi la haute Macédoine et les nouveaux territoires à l'Est jusqu'à la plaine de Philippes, parait subdivisé en quatre régions administratives et militaires. Un conseil de compagnons , amis et officiers généraux, entoure le roi et prépare avec lui les décisions politiques. Les plus importantes d'entres elles sont soumises pour approbation à l'Assenblée des citoyens-soldats macédoniens, qui est aussi compétente pour juger les affaires capitales et acclamer le nouveau roi. Cette vie institutionnelle plus riche est-elle due à de grandes réformes constitutionnelles, refléte-t-elle simplement les conditions execptionnelles du règne d'Alexandre III et des diadoques, ou n'est-elle que le résultat de la multiplication et de la meilleure qualité de nos sources? Quoiqu'on puisse nier le saut quantitatif aussi bien que qualitatif de notre documentation, l'innovation que constituent certaines institutions et leur apparition dans cette période déterminée ne laissent pas douter qu'il s'agit du résultat délibéré d'une réforme. C'est le cas en particulier, de la division de la Macédoine proprement dîte en territoires civiques, qu'il s'agisse de véritables citées, comme en basse Macédoine ou de petits 'éthnie' (Elimiotes,Lyncestes, Orestes, Tymphéens) assimilés administrativement à des citées, de la création des quatre régions rendue nécessaire par la multiplication par quatre de la superficie du royaume, ou de l'extension de la participation aux assemblées de l'éthnos et de leur systématisation.

Nos sources attribuent expressement le développement urbain et l'organisation civique de la Macédoine, à Philippe II. En revanche, l'extension à tous les Macédoniens capables de transporter des armes du droit de participer à la vie civique pourrait être l'oeuvre d'Alexandre III Le Grand, si c'est bien lui le roi Alexandre qui, selon une notice, étendit le titre de compagnon à tous les Macédoniens, qu'ils servissent à cheval ou à pieds.