
LA MACEDOINE, PARTIE D'UN EMPIRE MULTINATIONAL
L'importance historique de l'avènement d'Alexandre III (336 av JC) et de sa politique grecque est considérable, moins pourtant que celle de ses conquêtes en Asie, qui elles, eurent des conséquences de portées mondiale.
Le temps qui sépare ces deux évenements fait d'ailleurs figure d'interlude puisque la fin des préparatifs pour la campagne orientale coincide à peu près avec la mort de Philippe II et qu'Alexandre fut, dès lors, presque entièrement occupé par les mesures destinées à mettre la Macédoine à l'abri de tout danger éventuel avant de la quitter avec la "crème" de son armée. Pour esquisser la personnalité d'Alexandre lorsque, à vingt ans, il accède à la royauté, les spécialistes se tournent tant vers son passé que vers son avenir. D'abord, ils s'efforcent de connaitre dans sa formation le poids de son hérédité, des milieux familial, social, culturel et idéologique, de mesurer l'influence de Philippe II, soucieux de préparer son fils à assumer son héritage. Ils tiennent aussi compte dans leur analyse des traits de caractères d'Alexandre devenu roi.
Les résultats sont à l'image de ses recherches: ils apportent nombre d'hypothèses plus ou moins probables, qui restent plus ou moins improuvables. Faute de pouvoir étaler tous les éléments du dossier, tenons nous aux quelques témoignages essentiels. Pour l'éducation du jeune prince Philippe fit appel à Aristote; à l'adolescent de seize ans, il laissa le sceau du royaume alors que lui-même partait en campagne; au jeune homme de dix-huit ans, il confia la charge de mener la cavalerie macédonienne à la bataille de Chéronée, charge dont celui-ci s'acquitta brillamment. Entre temps, Alexandre avait vécu au moins une campagne balkanique près de son père, et, d'un autre coté, celui-ci l'avait poussé (comme les autres enfants de l'aristocratie Macédonienne) à s'interresser à l'Asie. L'historien Théopompos, qui rédigea un abrégé de l'oeuvre d'Hérodote, avait fait un séjour à la cour macédonienne, et Alexandre, pour sa part, se donner parfois pour familier des récits du père de l'histoire: on peut donc présumer qu'Alexandre a connu d'abord Hérodote à travers l'abrégé de Théopompos, qui aurait été commandé par Philippe.
Ainsi, à la mort de Philippe, Alexandre disposait-il de ressources personnelles exceptionnelles, de dons naturels, certes, mais aussi de l'expérience qu'il avait acquise dans les affaires militaires et du prestige dont il jouissait, par voie de conséquence, auprès des notables et du peuple. Il brûlait d'entreprendre la campagne en Asie qu'avait préparé son père, mais il commença par régler les problèmes les plus urgents. D'entrée, il fit exécuter les personnes soupçonnées, à tort ou à raison, de complicité dans l'assassinat de Philippe II, se débarrassa de rivaux potentiels, s'entourra d'hommes loyaux, compétents, expérimentés, tels Antipatros et Parménion, et reprit l'entrainement de son armée. Il put ensuite s'occuper de la Grèce méridionale. Aux termes de traités imposés par Philippe, son successeur devait assumer àprès lui les fonctions de président de confédération Thessalienne, de membre de l'Amphictionie delphique et de commandant en chef des forces armées de la ligue hellénique. Alexandre assura son autorité en écrasant quelques résistances et en laissant des garnisons dans les places prévues par les traités de son père. Puis il entreprit une longue campagne à travers les balkans au cours de laquelle il remporta des victoires dans des conditions souvent difficiles. Il démontra ainsi ses qualités de chef militaires aux hommes qu'il allait bientôt mener en Asie, et décourageait par avance les Thrace ou les Ilyriens de profiter de son absence. Cela, d'ailleurs, ne devait pas empêcher les Thébains, en apprenant la mort du roi, de se soulever contre la garnison macédonienne qui tenait leur acropôle, fausse nouvelle, vite démentit par Alexandre lui-même: empruntant à marche forcées un itinéraire innatendu, il parvint à occuper les Thermôpyles avant que les Thébains ne fussent rejoints par leurs alliés, s'empara de la ville rebelle et la rasa.
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Avant de partir pour l'Asie, Alexandre confia le gouvernement et la défense de la Macédoine et de ses territoires annexes à l'un des généraux de son père, le vieil Antipatros. Il laissa sous ses ordres 12000 fantassins de la phalange et 1500 cavaliers, soit à peu près la moitié des effectifs macédoniens, mais se réserva la "crème" de la jeunesse, soit 12000 fantassins de la phalange et 1100 cavaliers (compagnons). En plus des Macédoniens l'armée d'Alexandre comptait 7000 fantassins de la Ligue Hellénique, 1800 cavaliers Thessaliens, 600 cavaliers de la Ligue Hellénique, 900 cavaliers balkaniques (mercenaires Péoniens), et 1000 archers (Crétois) : en tout, 32000 fantassins et 4400 cavaliers environ.
Cavalier Thessalien.
L'expédition d'Alexandre en Asie déborde de loin le cadre de l'histoire macédonienne. Elle n'a pas été déterminée par les nécessités nationales mais par des facteurs d'ordre personnel. Décidé par Philippe II dans le cadre d'un projet panhellénique, elle fut essentiellement l'oeuvre d'Alexandre et ne s'explique que par certains aspects de son caractère et par son idéologie. C'est lui qui a entrainé son armé toujours plus en avant dans les immenses pronfondeurs de l'Asie. Les exploits militaires accomplis par ses troupes eussent été impossibles sans ses exceptionnels dons de tacticiens et de meneur d'hommes: en quelques mois, il s'empare de l'Asie Mineure (bataille du Granique - 23 mai 334), met en déroute, en Cilicie, Darius III roi des Perses en personne (bataille d'Issos - 12 novembre 333), rase Tyr, est accueilli par l'Egypte en libérateur, écrase de nouveau Darius III à Arbèles (bataille de Gaugamèle - 1 octobre 331), conquiert Babylone, Suse, Persépolis et arrive à l'Indus. Dès lors, Alexandre se libère de son image de marque de roi macédonien pour se présenter et agir en despote oriental, même face aux Macédoniens qui manifestent leur désapprobation. Pire encore, loin de rattacher les pays conquis à l'Etat de Macédoine, il jette les bases d'un empire personnel et multinational. Sa personnalité, l'immensité de le tâche accomplie, les conséquences de ses conquêtes pour une grande partie de l'humanité, font d'Alexandre une grande figure historique, unique de l'Antiquité.

Alexandre Argéades III Le Grand: Pella (Grèce) 06 Octobre 356 AV JC - Babylone (Irak) 10 Juin 323 AV JC***
L'histoire macédonienne est, elle aussi, concernée par l'expédition asiatique, et à plusieurs titres: Alexandre, ses généraux et ses soldats étaient des forces vives de la nation macédonienne; d'autre part, les initiatives politiques du roi modifièrent l'ordre constitutionnel macédonien et intégrère la Macédoine dans un système qui en dépassait largement les limites géographiques, nationales et politiques traditionnelles. Ces changements appartiennent véritablement à l'histoire de la Macédoine des années 334-323.
L'Etat macédonien était constitué, par le roi et les "Macédoniens", à savoir les hommes de la nation macédonienne, politiquement actifs lorsqu'ils étaient réunis en Assemblée. Or, la campagne en Asie créa une situation institutionnelle nouvelle. Tout d'abord, les "Macédoniens" se trouvèrent nécessairement divisés en deux puisque les uns étaient restés en Macédoine, et les autres faisaient campagne. Ensuite le pouvoir s'exerçant là où se trouvaient le roi et l'Assemblée, il se déplaça de la capitale du royaume vers les camps militaires successifs. Enfin, Alexandre fut amené à prendre, à l'insu des "Macédoniens" qui le suivaient, et même contre leur sentiment, des décisions qui modifièrent le statu-quo institutionnel: il renforça les droits de la couronne face à ceux des Macédoniens.
Un certain nombre d'initiatives d'Alexandre allaient plus loin encore, puisqu'elles faisaient du souverain, le Maitre d'un empire qui tendait à intégrer l'Etat Macédonien. Après son entrée dans le pays des Parthes, à l'automne 330, Alexandre manifeste d'une manière indiscutable sa volonté de devenir un roi asiatique: il porte désormais en vêtement d'apparat, suivant la mode perse, à l'exception toutefois des habits que les grecs trouvaient étranges, voire barbares. Si il évite également de se coiffer de la tiare, lui préférant un diadème à deux rubans, à ses audiences, l'étiquette de la cour perse est respectée, les visiteurs étant tenus de s'incliner (proskynésis) avant de recevoir du roi, la faveur d'une accolade.
Toutefois, Alexandre va procéder par étapes. Il ne se montre d'abord dans son nouveau costume qu'en privé et s'abstient pour un temps encore d'exiger d ses compagnons la proskynésis, sachant fort bien que ceux-ci, comme tous les grecs, voyaient dans ce geste, un hommage réservé par des hommes libres aux seuls dieux : rendu à un roi, il aurait fait d'eux des esclaves honorant un despote. Mais Alexandre avait à coeur que cette contrainte s'appliquât aux Macédoniens comme aux Asiatiques: après avoir brisé leurs réticences et être venu à bout de la mutinerie de son armée à Opis en 324, il obtint gain de cause. En exigeant de ses soldats qu'il l'honorent comme il convient à un despote asiatique, il signifiait qu'il n'entendait plus être seulement le roi des Macédoniens et que leur Etat devait être intégré de manière effective, sinon formelle, à l'empire qu'il avait creé.
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Dans le même esprit, Alexandre, dès 330, réintégrait quelques satrapes dans les fonctions qu'ils avaient occupés sous Darius, encore une mesure destinée à assurer le bon fonctionnment de l'administration. Mais, en 327, il décréta que 30000 jeunes Perses recevraient un entrainement militaire macédonien et apprendraient le grec, car ils étaient appelés à servir dans l'armée à coté des Macédoniens et à constituer une reserve de futurs officiers, administrateurs et dignitaires de la cour.
Trois ans plus tard, le roi décréta qu'ils fussent enroler pour remplacer les Macédoniens, agés ou invalides rentrant dans leurs foyers, décision qui sera l'une des causes de la mutinerie à Opis. Cependant, l'ascendant d'Alexandre sur son armée était tel que ses hommes, pris de remords, durent céder.

Alexandre à la bataille d'Issos (nov 333).D'après un tableau de Philoxène d'Eretrie commandé par Cassandre à la fin du IV siècles. (Mosaïque de la Casa del Fauno(Pompéi) );Musée national de Naples.
Le roi, saisissant l'occasion, offrit un banquet de réconciliation à 9000 invités, Macédoniens, Perses et autres. Détails significatifs, les Macédoniens reçurent les places les plus proches de leur roi, les Perses les places suivantes. Les rites appropriés furent éxecutés par des devins grecs et des mages perses, et tous les invités unis burent et entonnèrent le chant de victoire. Alors, Alexandre prononça une prière "pour la prospérité de tous et, surtout, pour la concorde entre Macédoniens et Perses, et pour le partage du pouvoir".
Alexandre souhaitait sans doute que son empire fût multinational, mais organisé autour des Macédoniens et des Perses, et que tout les peuples y vécussent en concorde. En revanche, l'idée d'un partage du pouvoir ne doit pas être prise à la lettre, car toute l'autorité revenait à Alexandre, et à lui seul. Il entendait simplement rappeler que Macédoniens et Perses devaient bénéficier des même droits. Une fois établi le principe d'égalité en matière politique et juridique, Alexandre s'attacha à unir par des liens matrimoniaux les élites des peuples. Afin que l'empire fût gouverné, voire solidement tenu, il avait besoin, pour des raisons stratégiques et administratives évidentes, d'une capitale occupant une place centrale et en même temps proche de la plus grande concentration de source de ravitaillement et de financement. Babylone présentait tous ces avantages et le roi lui accorda sa préférence. La capitale macédonienne, Pella (Grèce), perdait ainsi son rang, en même temps que la Macédoine se retrouvait dans une aire périphérique de l'empire. Les soldats ne s'y trompèrent pas comprenant, qu'Alexandre décidait ainsi d'établir pour toujours en Asie le centre du royaume.
Carte de l'empire d'Alexandre III de Macédoine


Mais le 10 Juin 323, après quelques jours d'agonie, Alexandre III mourut à Babylone, à moins de trente-trois ans, dans des conditions mal déterminées. En effet personne aujourd'hui n'est capable d'affirmer quoi que se soit sur la mort d'Alexandre, et chacun (auteur historien ou cinéaste) à sa propre version des faits. La mort d'Alexandre restera un mystère à jamais...
En un peu plus de douze ans de règne, il avait bouleversé la face du monde.
Online petition - Makedonia is Greek